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postheadericon Maurice Maréchal, 1934-2014

MAURICE MARÉCHAL

1934-2014

L’année 2014 qui s’achève a été une véritable faucheuse. Alors qu’elle était sur le point de se clore, elle nous a ravi l’un des personnages majeurs de la culture provençale, le grand tambourinaire Maurice Maréchal, décédé le 18 décembre dernier.

Cet homme remarquable était né à Marseille le 17 novembre 1934, et venait d’avoir quatre-vingts ans. Il est issu d’un milieu très caractéristique de l'évolution sociale qu'ont connue un bon nombre de familles provençales au cours de la première partie du XXe siècle. Originaire d'Embrun, et lui-même issu d'enseignants ayant des attaches en Savoie, son père, prénommé Paul, avait poursuivi cette ascension en occupant une chaire de professeur de physique-chimie au lycée Thiers de Marseille. Ayant fait elle aussi des études supérieures - fait relativement rare à cette époque pour une femme…-, sa mère, née Gilloux, était la fille unique de boulangers, installés depuis le Second Empire à Marseille, 55 Boulevard de la Madeleine - actuel Boulevard de la Libération, au bout de la Canebière et à côté de l’église des Réformés. Mais les Gilloux provenaient de Mormoiron, petit village comtadin blotti aux pieds du Ventoux. Ils y gardèrent longtemps leur vieille maison de famille, où les Maréchal allaient passer leurs vacances. C’est là que le jeune Maurice s’imprégna d'une civilisation populaire encore marquée par la société traditionnelle, dans un terroir resté à l'écart des mutations que vécurent les agglomérations provençales au milieu du XXe siècle. Il parlait volontiers du Mormoiron qu’il avait connu, et en était une véritable encyclopédie vivante – il y avait vu encore un charivari dans les années 1946 ! On ajoutera que les parents de Maurice Maréchal n’avaient pas renié leurs racines provençales. Son père possédait par exemple une riche bibliothèque consacrée à ce domaine, dans laquelle Maurice – lui aussi fils unique -  put enrichir sa culture provençale.

Pour en revenir à Marseille, il se trouve que la maison de ses parents a tenu une grande place dans la vocation musicale de Maurice Maréchal. Elle voisinait en effet avec l’un des plus grands tambourinaires marseillais du début du XXe  siècle, Alexis Mouren (1873-1950) qu’il fréquenta dès son enfance. Car pour couronner le tout, Maurice était le meilleur ami du petit-fils de Mouren, Gérard Cast, qui deviendra un grand professeur de Droit à l’université d’Aix. S’il a toujours parlé provençal, c’est un peu par hasard que notre jeune homme s’est mis au tambourin. Il se trouve qu’un jour, il fut surpris par un enseignant en train de parler provençal dans un couloir du Lycée Thiers. Ce professeur d’italien s’appelait Charles Castaing. Il était aussi tambourinaire dans le groupe marseillais La Couqueto. Non seulement Monsieur Castaing ne punit pas le jeune Maréchal, mais il l’encouragea, et l’incita à adhérer à La Couqueto, ce que ce dernier fit. Comment sont donc les choses ! Sans cette rencontre – comme le monde par rapport au nez de Cléopâtre ! -, le destin de nos instruments n’aurait pas été le même !

A La Couqueto, Maréchal se mit donc à jouer du tambourin. Et son professeur fut un autre grand musicien, Honoré Jouven. Ce flutiste et tambourinaire avait joué très jeune dans tout le terroir marseillais, comme musicien quasiment professionnel. Il animait des trains, des bals… C’est ainsi que l’élève tambourinaire fut à bonne école. Après la mort d’Alexis Mouren, sa famille léga à Maréchal toutes les collections du vieux tambourinaire : des carnets manuscrits, des instruments, des documents d’archives, des partitions. Tout le patrimoine du tambourin. Un véritable trésor, dont les plus anciens documents dataient du XVIIIe siècle. Grâce à sa formation ainsi qu’à ses archives, Maréchal put donc devenir un peu comme un pont entre deux générations de tambourinaires. Au moment où la plupart d’entre eux n’étaient désormais que des petits musiciens amateurs, faisant seulement danser les groupes folkloriques… au son de force canards. Il quitta plus tard La Couqueto pour rejoindre le Roudelet Felibren de Château-Gombert. Il en sera l’un des principaux animateurs,  avec le regretté Daniel Audry. Tous deux - l’un  pour la musique,  et l’autre pour la danse -, en firent l’une des meilleures formations folkloriques de Provence, et un véritable modèle pour toutes les autres. Afin d’être complet, on ajoutera que Maurice Maréchal a fait des études d’anglais, devenant professeur certifié à Marseille, durant quasiment toute sa vie professionnelle.

Quoi qu’il en soit,  Maréchal a été pour le XXe siècle ce que fut l’Aixois François Vidal cent ans auparavant. L’auteur d’une seconde renaissance. Dès 1957, il publiait un article dans la revue Folklore de France qui fit sensation et qui en choqua plus d’un. Il y critiquait le manque de niveau musical de la plupart des tambourinaires qui jouaient alors. Voici un extrait de ce qu’il affirmait : « Ce n’est pas du tambourin « instrument de musique provençal » dont nous voulons parler […], mais du tambourin « instrument de musique tout court » […]. En effet, il nous semble bien qu’en dépit des apparences, l’avenir de nos instruments soit menacé, et si ceux qui nous ont précédés pouvaient revenir sur cette terre, ils feraient cette constatation réconfortante et décourageante tout à la fois : il n’y a jamais eu, en Provence, autant de tambourinaires, ni si mauvais ! Ils assisteraient avec stupeur à des défilés où figurent, il est vrai, une vingtaine de « musiciens », mais qui ne jouent, en tout et pour tout, qu’une marche ou deux, et ceci pendant des heures s’exposant aux remarques ironiques et justifiées d’un public souvent plus avertis qu’eux-mêmes. […] C’est ainsi que le ménétrier provençal, en toute bonne foi, a cessé d’être « de son temps » pour devenir un embaumeur de momies… ».

Cet article a déclenché une véritable révolution. Avec son grand ami Maurice Guis qu’il avait connu à La Couqueto, Maurice Maréchal a été l’animateur d’un mouvement qui vit l’organisation d’examens, de stages, la publication d’une méthode et de partitions… C’est tout le petit monde du tambourin tel que nous le connaissons aujourd’hui qui est issu du travail immense, effectué par Maurice Maréchal et Maurice Guis. Il faut aussi évoquer la création des Musiciens de Provence et de L’Académie du Tambourin… Les recherches faites dans les partitions, afin d’y exhumer le répertoire des anciens tambourinaires. Son enrichissement par des pièces modernes. Car pour couronner le tout, Maréchal était aussi un excellent compositeur et mélodiste. Ainsi composa-t-il un tas de jolis morceaux que jouent aujourd’hui tous les tambourinaires de Provence. Cela est d’autant plus admirable que cet homme n’avait jamais fait d’études musicales et qu’il composa ses airs de manière naturelle, comme s’il était sorti d’un conservatoire. Un peu comme un oiseau qui chante sans ne l’avoir jamais appris. Il faudrait aussi évoquer le charretier qui collectionnait les colliers et les harnais, ayant même fait sur ce sujet une étude publiée par ses amis du Grihet dóu Plan dei Cuco.. L’homme qui parlait un provençal marseillais sublime. Et enfin parler de l’ami fidèle et généreux, toujours prêt à donner un conseil, offrir des musiques, des documents, des galoubets, des massettes et même des tambourins à ses jeunes compagnons, le tout avec une générosité sans fin…

Maurice Maréchal nous a donc quittés. Comme on dit pour les vieux sages d’Afrique, avec sa mort, c’est vraiment une bibliothèque qui a brûlé tour toujours. Mais pour toujours, cet homme remarquable restera vivant  dans le cœur de ceux qui l’ont aimé et admiré. Pour toujours, on dira  « Maréchal » comme on dit « Châteauminois », « Carbonnel», « Arnaud », « Vidal », « Couve », « Sicard » ; ou « Mouren », son vieux maître… Et à jamais, ses jolies mélodies circuleront dans toute la Provence, jouées par des tambourinaires qui tous, sont un peu comme ses enfants…

Remi VENTURE

MAURISE MARECHAL

1934-2014

L’annado 2014 qui s’acabo fuguè une vertadiero daiarello. Au moumen qu’èro à mand de feni, nous a mai pounchouna l’un di persounage majour de la culturo prouvençalo, lou grand tambourinaire Maurise Maréchal, que defuntè lou 18 de desèmbre passa.

Aquel ome de trìo nasquè à Marsiho lou 17 de nouvèmbre 1934, e venié d’agué vuetanto an. Sa famiho èro tipico de l’evoulucioun soucialo que couneiguèron un moulounas de gènt, en Prouvènço, dins la proumiero partido dóu siècle XXen. Soun paire, Pau, èro proufessour de fisico chimìo au licèu Thiers de Marsiho. Venié d’Embrun, ounte restavon li siéu – de mèstre d’escolo…-, après qu’aguèsson deja davala de Savoio. Sa maire, nascudo Gilous, avié fa tambèn d’estùdi qualitous – causo raro, à l’epoco, pèr uno fumo... Èro la chato unenco d’un boulangié, que sa famiho avié planta caviho, despèi lou tèms de Napouleoun III, au 55 Balouard de la Madaleno – atuau Balouard de la Liberacioun, que part, en aut de la Canebiero, à coustat de la glèiso di Refourma. Mai li Gilous tiravon de Mourmeiroun, vilajoun qu’es acata, dins la Coumtat, contro lou Ventour. Ié gardèron forço tèms lou vièi oustau de famiho, ounte li Maréchal anavon passa si vacanço. Es aqui que lou jouine Maurise s’embuguè de culturo nostro. Parlavo voulountié dóu Mourmeiroun qu’avié couneigu, e qu’èro, alor, un terraire rurau qu’avié pancaro viscu li gràndi boulegadisso dóu « Prougrès ». N’en fuguè quasimen un encicloupedìo, poupulàri e vivènto. Countavo voulountié si souveni d’eilabas – ié veguè encaro un charivarin dins lis annado 1946 ! Apoundren que li gènt de Maurise Maréchal avien pas jamai renega si racino prouvençalo. Soun paire avié uno tras que bello biblioutèco clafido de libre prouvençau, que fuguè forço preciouso au jouine Maurise – éu tambèn fiéu unique –, pèr que s’aprouvençaliguèsse…

Pèr n’en reveni à Marsiho, se capito que l’oustau de si gènt tenguè ‘no grando plaço dins la voucacioun musicalo de Maurise Maréchal. Es qu’èro vesin d’un di mai grand tambourinaire marsihés de la debuto dóu siècle vinten, Alèssi Mouren (1873-1950), que trevè tout lou tèms de soun enfanço. Es que pèr courouna lou tout, Maurise èro lou meiour ami dóu felen de Mouren, Girard Cast, que devendra pièi un grand proufessour de Dre à l’universita de-z-Ais. Se prouvençalejè sèmpre, es un pau d’asard que noste jouvenome se metiguè au tambourin. Se capito qu’un jour, fuguè sousprés pèr un ensignaire en trin de parla prouvençau, dins un courredou dóu Licèu Thiers. Aquéu proufessour  - d’italian -, ié disien Carle Castaing. Èro tambèn tambourinaire dins lou group marsihés La Couqueto. Noun soulamen Moussu Castaing baiè pas ges de punicioun au jouine Maréchal, mai l’encourajè e ié counseiè de rintra à La Couqueto, ço qu’aquéu faguè. Coume soun li causo ! Sènso aquéu rescontre – coume lou mounde raport au nas de Cleoupatro ! -, tant se pourrié que l’istòri de nòstis estrumen fuguèsse pas estado pariero!

A La Couqueto, adounc, Maréchal se metiguè à tambourineja. E soun proufessour fuguè un autre flame musician, Nourat Jouven. Aquéu flahutaire emai tambouriraire avié jouga, forço jouine, dins tout lou terraire marsihés, coume un musician quasimen proufessiounau. Fasié de trin, de balèti… Aqui, l’escoulan tambourinaire fuguè à bono escolo. Après la mort d’Alèssi Mouren, sa famiho leissè à Maréchal tóuti li couleicioun dóu vièi tambourinaire : de casernet manuscri, d’estrument, d’archiéu, de particioun. Tout lou patrimòni dóu tambourin. Un tresor vertadié, que li doucumen li mai ancian venien dóu siècle XVIIIen. Es ansin que dóumaci sa fourmacioun e sis archiéu, Maréchal devenguè un pau coume un pount entre dos generacioun de tambourinaire, au moumen que la majo-part d’aquéli èron de pichot musician amatour, que fasien soulamen dansa li group fóuclouri tout en canardejant. Un pau après, quitè La Couqueto pèr ana faire partido dóu Roudelet Felibren de Castèu-Goumbert. N’en sara l’un di animatour, en coumpagno dóu regreta Daniel Audry. Tóuti dous – l’un  pèr la musico, l’autre pèr la danso -, n’en faguèron l’un di meiour group fóuclouri de Prouvènço, emai un moudèlo vertadié pèr tóuti lis autre. Pèr èstre coumplèt, apoundren que Maurise Maréchal faguè d’èstùdi d’anglés, e que devenguè pièi proufessour certifica, quasimen touto sa vido proufessiounalo, à Marsiho

Que que n’en siegue, Maréchal fuguè, pèr lou siècle XXen, coume lou Sestian Francés Vidau cènt an aperavans. L’autour d’uno segoundo reneissènço. Tre 1957, faguè parèisse un article dins la revisto Folklore de France que tubè, e que n’en escalustrè mai d’un. Ié critiquè la manco de nivèu di tambourinaire qu’alor, lou mai souvènt, jougavon. Vaqui un escapouloun de ço que i’escriguè : « Ce n’est pas du tambourin « instrument de musique provençal » dont nous voulons parler […], mais du tambourin « instrument de musique tout court » […]. En effet, il nous semble bien qu’en dépit des apparences, l’avenir de nos instruments soit menacé, et si ceux qui nous ont précédés pouvaient revenir sur cette terre, ils feraient cette constatation réconfortante et décourageante tout à la fois : il n’y a jamais eu, en Provence, autant de tambourinaires, ni si mauvais ! Ils assisteraient avec stupeur à des défilés où figurent, il est vrai, une vingtaine de « musiciens » , mais qui ne jouent, en tout et pour tout, qu’une marche ou deux, et ceci pendant des heures s’exposant aux remarques ironiques et justifiées d’un public souvent plus avertis qu’eux-mêmes. […] C’est ainsi que le ménétrier provençal, en toute bonne foi, a cessé d’être « de son temps » pour devenir un embaumeur de momies… ».

Aquel article fuguè la debuto d’uno revoulucioun vertadiero. Emé soun grand ami Maurise Guis, que couneiguè à La Couqueto, Maurise Maréchal fuguè l’animatour d’un mouvemen que veguè l’ourganisacioun d’eisame, d’estage, la publicacioun d’uno metodo emai de particioun…  Es tout lou pichot mounde dóu tambourin que couneissèn à l’ouro d’aro que tiro dóu travai grandaras que faguèron Maurise Maréchal e Maurise Guis. Es pièi mestié d’evouca la creacioun di Musiciens de Provence e de L’Acadèmi dóu Tambourin… Li recerco facho dins li particioun, pèr recoubra lou repertòri dis ancian tambourinaire. Soun endrudimen  pèr de musico mouderno. Es que pèr courouna lou tout, Maréchal èro tambèn un coumpousitour em’un meloudisto requist. Faguè un moulounas de poulit moucèu que jogon, aro, tóuti li tambourinaire de Prouvènço. Acò ‘s d’autant mai amirable que noste ome faguè jamai d’estùdi musicau, e que coumpausè sis èr naturalamen, tant coume se fuguèsse sourti d’un counservatòri. Un pau coume un aucèu que canto, sènso que i’aguèsson jamai après. Faudrié tambèn evouca lou carretié, que couleiciounavo li coulas e lis arnescamen, aguènt fa, aqui dessus, un estùdi que publiquèron sis ami dóu Grihet dóu Plan dei Cuco. L’ome que patinavo un marsihés grana qu’es pas de dire. E pièi parla de l’ami fidèu em’abelan, sèmpre lèst pèr baia de counsèu, pourgi de musico, de doucumen, de galoubet, de masseto, emai meme, de tambourin à si jouìni coumpan, em’uno generousita sènso fin…

Adounc, Maurise Maréchal nous a quita. Coume se dis di vièi sage d’Africo, emé sa mort, es de-bon uno biblioutèco qu’a brula pèr toujour. Mai pèr sèmpre, aquel ome grana restara viéu dins lou cor d’aquéli que l’amirèron, e que l’amèron. Pèr toujour, se dira « Maréchal » coume se dis « Châteauminois », « Carbounèu », « Arnaud », « Vidau », « Couvo », « Sicard », o « Mouren », soun vièi mèstre… E pèr sèmpre, sis èr galant barrularan dins touto la Prouvènço, jouga pèr de tambourinaire que soun tóuti, un pau, coume sis enfant…                                                                             Roumié VENTURO

 

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O famule musarum, vale atque vale !

En ces derniers jours de  l’année, l’atmosphère provençale résonne d’une bien triste mélodie suite à la disparition de l’un de ses plus dévoués serviteurs. Maurice Maréchal nous a quitté paisiblement le 18 décembre dernier à l’âge de 80 ans, emportant avec lui une petite partie de l’âme de la Provence. Profondément attaché à sa terre natale et à son patrimoine, il n’a eu de cesse de les mettre en valeur, se posant comme le témoin privilégié de cette culture traditionnelle. C’est avec passion qu’il l’a toujours partagée, la gardant vivace et pérenne.

Tambourinaire d’exception, il fut l’ambassadeur du patrimoine musical provençal et plus particulièrement de son instrument emblématique, le galoubet-tambourin, dont il avait initié la redécouverte dès les années 1950 et qu’il n’avait cessé depuis de soutenir et d’animer. Musicien de talent, il a considérablement développé ces pratiques instrumentales, sa détermination à trouver « l’expression juste » ayant inspiré de nombreux tambourinaires. Toujours curieux de découvrir de nouvelles facettes de son instrument, il a soutenu l’ouverture et l’émancipation du patrimoine traditionnel – participant notamment à la revalorisation des musiques historiques (Les musiciens de Provence) ou à l’approfondissement des dimensions classiques du galoubet-tambourin (L’académie du Tambourin). Compositeur, il a offert aux musiciens un répertoire riche de près de 200 musiques ; répertoire à son image, éloigné des sentiers classiques, n’excluant ni la fantaisie ni l’humour et profondément empreint d’un attachement sans faille aux patrimoines provençaux. Une musique à partager, reflet de sa vision généreuse des traditions et de leurs maintenances.

Intimement attaché à son terroir marseillais et doté d’une aisance certaine pour le maniement des langues et des mots, il faisait sonner à merveille lou parla marsihés. Ses qualités d’orateur transmettant sa passion avec bonhomie et enthousiasme. Maurice Maréchal a toujours mis ses  nombreux talents au service des autres. Provençaux et musiciens regrettent déjà la simplicité et la chaleur avec lesquelles il délivrait ses conseils, ses anecdotes et sa joie de vivre.

En 2000, avec tout l’humour subtil et la dérision qui le caractérisaient, il souhaitait voir ériger un arc de Triomphe à la gloire des illustres tambourinaires, sur lequel serait gravé le dithyrambe suivant :

O famule musarum !

Gratias omnes tibi semper et ubique agimus ! Amice dilectissime, qui labore improbo, in omni loco et tempore, non solum aperte sed etiam maxima cum verecundia agis, omni cum studio peritoque flatù tibiam tuam eburneam peroptime inflas, atque, quotidie, multos tuos discipulos, angelico more studiosissime doces ad majorem tamburini provenciaeque nostrae gloriam,

vale atque vale !

["Ô serviteur des muses ! Nous te rendons grâce toujours et partout. Ami très cher qui, avec obstination, en tous lieux et en tous temps, travailles au grand jour comme dans l'ombre, tu enfles habilement ta flûte d'ivoire de toute ton âme et d'un souffle expert, et tous les jours, tel un ange, tu enseignes tes nombreux élèves pour la plus grande gloire du tambourin et de notre Provence. Adieu et bonne route !"]

Un hymne qui semble aujourd’hui retentir en son hommage,

« ô serviteur des muses.

Adieu et bonne route ! ».

Pour l’Académie du Tambourin, Sylvain Brétéché

 

 
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