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postheadericon Histoire du flûtet-tambourin

postheadericon Les instruments

L'ensemble galoubet-tambourin est une version très perfectionnée de la flûte à trois trous du Moyen-Age, de tous temps associée à une percussion.


Le galoubet (ou flûtet) se joue de la main gauche tandis que la droite vient frapper un grand tambourin, au son grave et profond.

Devenu l'instrument identitaire de la Provence il a été pratiqué, au cours des trois derniers siècles, par des musiciens populaires toujours en phase avec
la musique de leur temps.

 

Le Galoubet-Tambourin

La flûte "à une main", flûte harmonique percée de trois trous, très répandue en Europe au Moyen-Age et à l'époque de la Renaissance, est encore jouée sous différentes formes au Portugal, en Espagne, Angleterre, Pays Basque, Provence. La main demeurée libre accompagne en frappant un instrument à percussion (tambourin à peaux ou tambourin à cordes).

En Provence ces deux instruments prennent le nom de galoubet-tambourin (ou flûtet- tambourin), Le galoubet est de taille très réduite, d'où l'émission de sons très aigus (sixième et septième octaves). Le tambourin à peaux qui l'accompagne, sculpté dans le noyer, est agencé de manière à produire un son continu semblable à un bourdon.

Au Moyen-Age et au XVIe siècle on utilisait un flûtet de plus grande taille et un petit tambourin. Au XVIIIe siècle le galoubet pouvait être accompagné par un tambourin à cordes, sorte de caisse oblongue munie de six cordes accordées en bourdon.

 


Dans la galerie de paysages et portraits stéréotypés qui fait la joie des touristes, le tambourinaire figure en bonne place. Il est en effet pourvu de tous les ingrédients propres à mettre en valeur l'exotisme provençal. Mais qu'existe-t-il derrière l'idée reçue montrant le tambourinaire déguisé en " gardian " et faisant danser la farandole au pied du Lubéron ou des Alpilles ?

Les instruments traditionnels provençaux, qu'on a l'habitude de désigner par le seul terme de "tambourin", furent l'objet de la sollicitude des pères de la Renaissance Provençale, Frédéric Mistral et ses amis. Cependant ils n'étaient pas ignorés des érudits de la fin de l'Ancien Régime. L'artisan principal du travail effectué au XIXe siècle sur la musique régionale est en fait François Vidal (1832-1911), auteur en 1864 de l'ouvrage "Lou Tambourin : istòri de l'estrumen prouvençau". L'idée directrice de Vidal est de démontrer que galoubet et tambourin sont les instruments provençaux par excellence. Leur paternité est attribuée aux grands ancêtres mythiques du peuple provençal les celto-ligures, les grecs voire les sarrasins ou les troubadours. Dans la dernière partie de son ouvrage, il fixe les normes du répertoire "d'airs nationaux". Forgée entièrement pour revaloriser des instruments populaires en pleine décadence, cette légende ne repose évidemment sur aucun fondement. En fait le galoubet et le tambourin font partie d'un fonds d'instruments commun à toute l'Europe du Moyen Age.

L'iconographie atteste l'existence de ce qu'on appelait alors la flûte à une main ou, plus tard, la tibie. Une flûte à une main, car dotée de trois trous seulement, donnait la possibilité au musicien de faire en même temps une batterie sur un tambour pendu au bras, autour du cou ou à la main. Instrument à danser par excellence, ce couple d'instruments restera très pratiqué dans tout l'Occident jusqu'à la Renaissance, comme le montrent de très nombreux documents.

 

Devant l'évolution des goûts musicaux et en particulier l'implacable concurrence des violes et des violons, la flûte à une main et son inséparable percussion commencèrent, dès le milieu du XVIe siècle, à connaître un déclin apparemment inexorable. Instruments déchus, ils se réfugièrent dans le petit peuple, selon une évolution comparable à celle de la vielle à roue. Certaines régions disséminées dans toute l'Europe continuèrent à les pratiquer avec plus ou moins de constance. Subissant dans chacun de ces territoires une évolution particulière, ils y prirent rang d'instruments "nationaux". La région d'Oxford, dans le Royaume-Uni, en fit le tabor-pipe, le Pays Basque le txistu et le tamboril ou le tun-tun, l'Andalousie la flauta y tamboril. Nous retrouvons par ailleurs des instruments voisins au Portugal, aux Iles Baléares, dans les Flandres, sans oublier l'Amérique Centrale où ils ont pu être importés par les colonisateurs espagnols.

 

Si la flûte associée au tambour fut sans doute très tôt pratiquée en Provence comme partout ailleurs, ce n'est qu'à partir du XVIIe siècle que ce couple d'instruments y prend sa forme définitive. Les historiens ont montré que cette période est celle où se sont constitués en France les arts et traditions populaires qui perdureront jusqu'au triomphe de la révolution industrielle. Galoubet et tambourin font évidemment partie de ce patrimoine, ils furent particulièrement mis en valeur par la mode parisienne du "champêtre" et de la "bergerie" qui se développa à partir de la Régence. Les artistes du temps, quelles que soient leurs origines géographiques, contribuèrent à ce nouvel essor, voyant dans le tambourin une des principales images de l'exotisme provençal. Les peintres Joseph Vernet, Jacques Rigaud, Antoine Raspal, Nicolas Lancret font figurer des tambourinaires et d'autres musiciens populaires sur leurs tableaux. Les musiciens composent des "tambourins" dont le rythme est censé imiter celui de l'instrument provençal. Ce dernier figure dans les grands orchestres parisiens. Plusieurs musiciens provençaux n'hésitent pas à "monter" à Paris et à s'y établir comme tambourinaires. C'est le cas du Salonnais Joseph-Noël Carbonel (1741-1804) et de l'Aixois Jean Joseph Châteauminois (1744-1815) qui jouent, composent et publient leurs oeuvres dans la capitale. Ils ne sont pas les seuls. Citons aussi les Lavallière, Marchand et Lemarchant qui, bien que vraisemblablement dépourvus d'attaches provençales, ont aussi pratiqué et illustré le tambourin Ce passé a laissé des traces indélébiles d'une part dans la facture des instruments qui n'a pas sensiblement évolué depuis cette époque, d'autre part dans la pratique populaire du galoubet-tambourin grandement influencée par la musique savante. En effet le répertoire comporte de très nombreuses transcriptions (notamment des extraits d'opéras et d'opéras-comiques) et consacre la prédominance de la musique écrite.

 

Le début du XIX ème siècle mit fin à cet âge d'or. La Révolution et la chute de la monarchie firent oublier la mode champêtre si profitable à nos instruments. Concurrencés par les orchestres d'harmonie, les tambourinaires désertèrent la plus grande partie du département du Vaucluse et l'arrondissement d'Arles. Seuls les terroirs de Marseille, d'Aix et Toulon constituèrent un réduit dans lequel la pratique populaire du galoubet-tambourin put se maintenir en attendant des jours meilleurs.

Si la renaissance félibréenne a sensiblement déformé la réalité de la pratique du tambourin, il n'en reste pas moins que c'est grâce à cette codification que l'instrument a pu survivre durant une période difficile.Vidal fonda en 1864 à Aix une Académie du Tambourin et parvint même à faire créer une éphémère classe au Conservatoire d'Aix. Son action fut poursuivie par les Marseillais Ernest Couve (né en 1849), fondateur du Coumitat Mantenèire dóu Tambourin en 1888, et par Ludovic Lombardon-Montézan (1839-1917). La création des groupes folkloriques après la guerre de 1914-1918 fournit un nouveau débouché à l'activité des tambourinaires, même si cela se fit au prix de l'appauvrissement de leur pratique. Cette activité, quoique réduite, ne demandait qu'à revivre. Après le Saint-Rémois Joseph Olivier (1898-1964) qui publiait en 1954 Musiques et rythmes traditionnels des troubadours : le tambourin provençal, Maurice Maréchal, alors jeune tambourinaire marseillais, jetait en 1957, dans un article de Folklore de France, les bases d'une renaissance prenant en compte la dimension purement musicale de l'instrument.

 

Ce travail fut en grande partie celui de la Commission du Tambourin dirigée par René Nazet, qui publia en 1964 la Méthode Elémentaire de Galoubet et Tambourin due à Maurice Guis, Maurice Maréchal et René Nazet, ouvrage qui faisait cruellement défaut, créa en 1969 un examen annuel de tambourinaire et publia des anthologies. En 1970, en compagnie de plusieurs de leurs collègues, Maurice Maréchal, Maurice Guis et René Nazet fondaient l'ensemble de musique ancienne Les Musiciens de Provence dont la réputation dépassa les frontières de la Provence et eut une influence considérable sur le renouveau d'intérêt porté aux instruments provençaux. Le groupe occitaniste Mont-Joia participa également à ce nouvel essor. En 1980, Le Concert Champêtre, fondé par Maurice Guis, contribua à replacer le tambourin dans son contexte du XVIlle siècle.

 

Les instruments régionaux de Provence semblent aujourd'hui définitivement sauvés. Ce début du XXIe s. voit en effet cohabiter une pratique folklorique qui permit en son temps à l'instrument de survivre et une pratique "classique" ou "savante" héritée du passé, comparable à celle qu'ont toujours connue les instruments de musique "nobles".

 

Il existe des classes de tambourin dans les conservatoires et écoles de musique (Aix, Avignon, Arles, Martigues...) formant des virtuoses ou ensembles qui peuvent se produire en concert. Luthiers et compositeurs proposent des instruments et des œuvres de qualité. On ne saurait oublier en ce domaine l'activité inlassable de Marius Fabre qui pendant près de soixante-dix ans a fabriqué galoubets et tambourins dans son atelier de Barjols ; sa succession est assurée par son fils André Fabre. Les tambourinaires possèdent même une revue éditée par la Fédération Folklorique Méditerranéenne, L'Echo du Tambourin.

Rémi Venture